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Rituel des Veines Blanches (Le)

Origine

Ce qui suit ne doit donc point être lu comme une description fidèle, mais comme l’ombre portée d’un acte qui, par nature, échappe à l’écriture. Il est des savoirs que l’on croit disparus, mais qui, en fait, ne sont transmis que par des Sages ou des Maîtres de la tradition orale. Ils ne sont ni écrits, ni énoncés. On les sous-entend, parfois en chanson, souvent en art oratoire ou en langage ancien pictographique. Néanmoins, ils sont sous nos yeux en permanence. Seuls les Élus savent les reconnaître, seuls les Sages savent les utiliser, et seuls les Bannis les ont expérimentés sans en connaître la portée.

Le Rituel des Veines Blanches est un rite transmis par des détenteurs de savoirs aujourd’hui disparus, ou qui se sont volontairement tus. Les naturalistes contemporains y reconnaîtront peut-être l’usage de certains organismes relevant du groupe, encore imparfaitement défini, des productions fongiques aux propriétés altérantes de l’esprit. Cependant, ce serait en réduire la portée à sa plus simple expression : il s’agit d’une véritable communion avec la nature, d’une relation singulière entre un corps physique et la Terre Mère.

Conditions et préparation

Ce rituel nécessite que l’âme du Choisi soit pure, ou à tout le moins préparée avec soin pendant de nombreuses années. Lorsque le Choisi sent la Terre Mère l’appeler, il s’isole et se purifie selon les enseignements des Anciens. Ce n’est que lorsque son corps est en pleine communion avec la Terre qu’il peut s’employer à rechercher les organismes fongiques, choisis non pour leur morphologie, mais pour les réseaux souterrains auxquels ils appartiennent. Ce qui est consommé ne relève pas tant de la chair visible que de la trame invisible qui, sous la terre, relie racines, pierres et restes organiques. Ainsi, le Choisi ne mange pas : il se laisse, pour un temps, être intégré en retour.

Déroulement

La cérémonie, selon les fragments rapportés, se tient en un lieu où le sol n’a pas été retourné depuis longtemps, et où aucune intervention humaine récente n’a troublé la continuité du terrain. Ce rituel ne se prête pas au partage, mais à la solitude ; car, en vérité, nul n’est seul lorsque le réseau terrestre fait corps avec le réseau veineux. Cette indistinction constitue une condition préalable à l’effacement progressif de l’individualité.

Effets et perceptions

Les effets décrits résistent à toute terminologie stable. Certains témoins évoquent une intensification des perceptions, d’autres une altération du temps, d’autres encore des visions. Ces catégories, bien que commodes, sont en réalité bien éloignées de ce que le Choisi pourrait décrire, d’autant que très peu d’entre eux ont partagé l’intensité du voyage vécu. Il ne s’agit ni de voir davantage, ni de voir autrement, mais de suspendre, momentanément, la séparation entre le sujet et l’objet. La terre ne se présente plus comme une surface, mais comme une profondeur active. Les racines cessent d’être des organes pour devenir des voies de circulation. Quant à ce que l’on nomme communément la mort, elle apparaît comme une simple réorientation au sein d’un flux continu. Il est également rapporté que, durant ce « voyage » — terme paradoxal, puisqu’aucun déplacement visible n’a lieu — certains participants font l’expérience de présences. Leur nature ne saurait être déterminée sans recourir à des catégories qui ne seraient ni entièrement extérieures, ni entièrement identiques à ceux qui les perçoivent. Ce voyage n’est ni terminal ni une finalité, car le Choisi demeure imprégné de ce réseau racinaire à perpétuité. Certains en retirent une clarté ou une puissance sans limite, tandis que d’autres se parent d’une noirceur perceptible, malgré leurs efforts pour dissimuler cette Marque Obscure.

Persistance et transmission

Il demeure incertain que ce rite soit encore pratiqué. Il pourrait subsister ailleurs, sous des formes altérées, ou n’exister plus que comme trace fragmentaire dans la mémoire de ceux qui en furent témoins. Il est également envisageable — et cette conjecture paraît conforme à l’ensemble des éléments disponibles — qu’il ne puisse perdurer qu’à la condition de demeurer partiellement oublié. Sa mise par écrit contribuerait, dès lors, à son effacement. Il est recommandé d’en faire usage avec prudence

Références

Article cité par

DokuWiki